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« Tout les oblige à mourir », de Violaine Baraduc : Rwanda, 1994, au paroxysme de l’inhumanité

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Le dossier « 30ᵉ anniversaire du génocide des Tutsi au Rwanda »

Deuxième anniversaire du génocide, au mémorial de Murambi, le 7 avril 1996, au Rwanda. Extrait de la série « Rwanda I : Itsembatsemba ».

« Tout les oblige à mourir. L’infanticide génocidaire au Rwanda en 1994 », de Violaine Baraduc, CNRS Editions, « Logiques du désordre », 304 p., 25 €, numérique 18 €.

La France, pendant des années, s’est occupée de la France. Puis, le débat a été tranché, en mars 2021, par le rapport de la commission Duclert sur son rôle avant et pendant le génocide des Tutsi au Rwanda (un million de morts en trois mois, du 7 avril au 17 juillet 1994) : oui, écrivaient les historiens dans leur conclusion, la France s’est « longuement investie au côté d’un régime qui encourageait des massacres racistes » ; au total, « la recherche établit (…) un ensemble de responsabilités, lourdes et accablantes ».

Cette mise au point était salutaire. Le débat qui l’a précédée ne saurait donc être tenu pour vain, quand bien même il a été parasité, pendant trois décennies, par les manipulations d’hommes politiques ou de journalistes attachés à préserver, au choix, l’honneur de la France, celui de François Mitterrand, qui achevait alors son second mandat, ou le leur. Ils le faisaient contre l’évidence historique. Celle-ci a été formellement établie.

Il est donc enfin possible de passer à l’étape suivante. De concentrer l’attention publique, loin de ces remugles, sur le plus important : le travail mené depuis des années par les journalistes, les écrivains, les intellectuels, de Jean Hatzfeld à Gaël Faye, de Jean-Pierre Chrétien à Vincent Duclert, Stéphane Audoin-Rouzeau ou Hélène Dumas, pour s’en tenir à quelques Français notables. Mais aussi sur les jeunes chercheurs qui s’inscrivent dans leur sillage, telle l’anthropologue et documentariste Violaine Baraduc, dont paraît le premier livre, Tout les oblige à mourir, éprouvante et importante enquête sur les infanticides commis lors du génocide par des mères hutu sur leurs enfants nés de pères tutsi.

C’est à cela que peut servir ce 30e anniversaire : marquer, une fois purgée la mémoire française, le moment du retour à la chose même, au crime, à sa réalité concrète, aux victimes, aux responsables, à la confrontation intellectuelle et sensible avec cette réitération, au cœur de la nature humaine, du paroxysme de l’inhumanité. Une confrontation que Violaine Baraduc porte à son épure, tant son sujet relève du plus inacceptable de ce que l’inacceptable a engendré. « L’infanticide, note-t-elle, pourrait être vu comme l’épicentre du phénomène génocidaire : à la fois le point par lequel la violence se lit, et celui où elle est ressentie le plus violemment. »

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