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« Raconter comment les enfants et adolescents survivants sont devenus les adultes du Rwanda actuel »

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Le dossier « 30ᵉ anniversaire du génocide des Tutsi au Rwanda »

Dans une salle de classe de la mission des pères blancs, sanctuaire de Nyarabuyeau, au Rwanda, en 1996. Extrait de la série « Rwanda I : Itsembatsemba ». 

« Après la pluie d’avril », d’Isabelle Darras, Bayard, « Récits », 272 p., 19 €.

Journaliste, scénariste et autrice de livres pour la jeunesse, Isabelle Darras a consacré une large partie de sa vie professionnelle à raconter le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. Jusqu’ici, pourtant, elle n’était jamais allée au Rwanda. Elle s’y est enfin rendue pour Après la pluie d’avril, beau récit dans lequel elle brosse le portrait de plusieurs rescapés.

Qu’est-ce qui vous a menée au Rwanda en 2023 ?

Ma vie d’adulte a commencé l’année du génocide. Juste après la fin des massacres, j’ai vécu ma première expérience de journaliste à Goma, dans les camps de réfugiés rwandais du Zaïre [aujourd’hui République démocratique du Congo]. J’avais 23 ans. Une expérience si marquante que j’ai écrit deux romans pour adolescents qui évoquent le génocide des Tutsi.

Quand, l’année dernière, j’ai été invitée au Salon du livre de Kinshasa, je me suis dit : cette fois-ci, il faut que j’aille au Rwanda. Cela faisait longtemps que je voulais le faire, mais j’avais besoin d’être complètement disponible et je ne voulais pas m’y rendre en touriste. J’ai décidé de partir à la rencontre de Rwandais qui, enfants ou adolescents en 1994, ont survécu au génocide. Je me suis reproché d’être venue si tard. Mais j’ai compris que, trente ans après, ce n’était pas si tard : pour beaucoup de survivants, le génocide restait présent dans leur vie quotidienne.

Pour moi, raconter comment ces enfants et adolescents survivants sont devenus les adultes du Rwanda actuel, c’est une tentative de réparation. Bien que la France ait évolué au cours des dernières années, notamment en ce qui concerne le soutien qu’elle avait apporté à un régime génocidaire, je ressens encore une indifférence. Or, ce qui s’est passé dans les années 1990 au Rwanda, c’est un chapitre de l’histoire française. Un chapitre honteux. Mon livre est là pour dire : on n’est pas indifférents ; on vous écoute et on vous croit.

Le président Paul Kagame, qui dirige le pays d’une main de fer, a su se rendre populaire parmi les rescapés. Sur quoi cette popularité est-elle ­fondée ?

Cela m’a beaucoup étonnée : les survivants lui vouent toujours une très grande admiration. L’un d’eux m’a dit simplement : « Pour moi, Paul Kagame sera toujours celui grâce à qui je suis en vie. » Il faut se rappeler que c’est l’armée qu’il dirigeait [le Front patriotique rwandais] qui a arrêté seule le génocide. Ensuite, les survivants lui sont reconnaissants de vivre en sécurité. Pendant des décennies, bien avant le génocide, les Tutsi ont connu la crainte d’être discriminés, humiliés, emprisonnés ou tués. Les crimes contre les Tutsi restaient impunis. Désormais, ces enfants devenus adultes vivent, travaillent, circulent dans un pays en paix.

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